Rouge Bala
Illustré par Justine Brax
Paris, août
2010
Rouge Bala en est au
stade des finitions. Depuis des semaines, Justine peint,
colle, choisit des couleurs, des matières, elle donne vie à
Bala.
De jour en jour, mon impatience
grandit... Impatience de voir cet album au grand jour,
impatience aussi d’en révéler l’atmosphère, les couleurs,
des détails d’illustrations…
Mais Justine est secrète, elle préfère garder ses
illustrations dans la chambre noire de sa création, sans
doute a-t-elle raison. En attendant de pouvoir montrer des
images, je vais vous raconter comment cet album est né…
Au premier jour…
Tout d’abord, il y a L’enfant silence, et ma rencontre avec Benjamin Lacombe. Depuis la création de ce livre, on aime parler des univers qui nous attirent, des illustrateurs dont le travail nous est proche. Quand j’ai dit à Benjamin que j’aimais beaucoup le travail d’illustration sur Corps de ballerine, un roman illustré écrit par Sébastien Perez, Benjamin m’a dit que l’illustratrice, Justine Brax, aimait le texte de L’enfant silence.Un jour, en plein salon du livre de Paris, Benjamin m’appelle et me passe Justine : à la fin de la conversation, on en était sûres, on avait envie de créer un livre ensemble. Restait à trouver un sujet…
Les femmes, et l'Inde

Mais quelle histoire ? Quand Justine m’a dit qu’elle allait en Inde l’été suivant, c’était presque trop beau : l’Inde est un pays qui me donne le vertige depuis toujours. Je sais qu’un jour j’irai. Pas seulement pour des vacances, j’ai besoin de plus de l’Inde. Jusqu’à maintenant, ce projet n’a pas été prioritaire. Sans doute ne suis-je pas prête…
Les femmes, l’Inde : l’image du bindi, ce point rouge dessiné sur le front des indiennes m’est venue de suite.
De la couleur rouge, de ce point souvent symbole d’appartenance à un mari, on est très vite arrivées à une histoire sur le mariage des enfants indiennes.
Ce n’était qu’un premier pas…
De quel droit ?
L’idée qu’on marie une enfant de moins de quinze ans est monstrueuse pour moi (tout comme celle qu’on marie quelqu’un contre son gré). Mais si loin de l’Inde, si loin de cette culture que je connais à peine, de quel droit pouvais-je écrire sur ce sujet ? Cette question m’a taraudée pendant des jours. Comment moi, bobo parisienne, pouvais-je parler à la place d’une enfant d’un village indien ? Qu’est-ce que je savais de ce qu’elle pouvait ressentir face à un mariage prématuré ?Le hasard parfois se mêle des choses… Sur une table de librairie, face à la place Colette, j’ai trouvé Une vie moins ordinaire, de Baby Halder (éditions Picquier).
Après cette lecture, il était évident que française, indienne ou martienne, une femme était une femme, et une enfant de douze ans trop jeune pour être mariée.
Je pouvais commencer à écrire.
Des images et des sens

Le blog d’une photographe, Émilia Roig, me donnait à rêver, merci à elle…
Drôles de vacances : j’étais en Bretagne, et je vivais indien. Je regardais les grains sur l’océan comme s’ils étaient portés par la mousson, je sentais le curry au marché au poisson, le vent dans les haubans se faisait sitar. Au bout du môle, l’histoire était écrite.

Une équipe

Une éditrice a permis
l’aboutissement de ce livre : Sophie Chanourdie, chez
Milan. Elle a pris le risque d’un thème difficile, et celui
d’un album « pour grands ». Et elle l’a fait avec
un enthousiasme tel que tout le monde autour d’elle porte
ce projet avec passion. Un vrai bonheur…
Merci à Sophie, à Cécile Petit et à toute l’équipe de
Milan albums.


