La librairie Gwarlan

Lannion est une ville de pierres, d’eau et de lumières. On a envie d’y flâner, de s’y laisser vivre et rêver. C’est sans doute pour ça qu’il y a une librairie immense, pleine de tous ces livres qu’on aimerait tant avoir le temps de lire, un jour… La libraire, Isabelle, est venue à l’aube me chercher au bout du monde. Presque deux heures de route, passées à suivre en riant les méandres d’un GPS désorienté, ça crée des liens. Des enfants si loin des soucis de Pablo, mais à l’écoute de sa vie d’enfant sans papiers, des documentalistes aux sourires lumineux, attentives, présentes. Des profs de français, des amoureuses des livres et des histoires…
On est bien, à Lannion. Et l’océan est si près. J’y reviendrai… j’espère !
À la Madeleine, à Evreux
Matin froid, la banlieue d’Évreux. “Pablo de la Courneuve” va à la rencontre de ses lecteurs dans le cadre du prix des Dévoreurs.
Depuis quelques jours, je trace les paysages normands d’est en ouest, du sud au nord, avec une bibliothécaire, un inspecteur d’académie… je découvre le département et tout ce qui s’y fait autour du livre et des enfants : un grand bravo à tous ceux qui animent cette flamme essentielle.
Ce matin, la classe de Melle Laroche m'attend dans la bibliothèque du quartier de la Madeleine. Une ondée sauvage nous a cueillis à l'arrivée, on est tous mouillés à cœur. Assis sur des cubes, le jeu des questions-réponses commence, dense, vivant.
Petit à petit, les visages se font plus sérieux, impliqués :
« Pourquoi il y a de la violence dans le pays de Pablo ? Si les gens ne sont pas d’accord, il suffit de tracer une ligne entre eux, et comme ça ils ne se battront plus.
— Si une ligne ne suffit pas, peut-être qu’on peut les obliger à parler ensemble, et à s’entendre ?
— Et pourquoi on ne pourrait pas accueillir tous ceux qui veulent venir vivre ici ?
— Si tous les Colombiens arrivent en même temps, peut-être qu'il n'y aura pas assez de maisons pour eux.
— Alors on leur construira des petits immeubles, des carrés où ils s'installeront par pays. Comme ça, ils retrouveront comme une famille.
— Pourquoi les gens d'autres pays sont traités comme des personnes inférieures alors que la différence est si petite, juste un bout de papier ?
— Et pourquoi les gens qui viennent du même pays habitent presque toujours ensemble ?
— Et vous, qu'est-ce que vous feriez si un enfant tout comme Pablo habitait le même quartier que vous ?
— Oui, et les enfants, on les connaîtra à l'école, ils seront comme nous… »
Oui, grâce à vous, ces migrants seraient si simplement comme nous…
Merci à vous, les élèves de l’école Michelet. Après des rencontres comme celle-là, on sait pourquoi on écrit.
