mai 2006
Mornant et Chaussan, les “balcons du Lyonnais”
jeudi 18 mai 2006
• Deux jours au lieu de trois dans la région lyonnaise : la remise du prix Octogone à Charleville-Mézières mange la troisième journée, mais ce n'est que partie remise : merci Simone… Chez Simone justement, les livres sont au frais derrière les lourdes pierres d'une bâtisse historique, avec vue sur les arbres et la campagne. Claire Delvaux me récupère à la gare : chouette, je rencontre enfin la “maman dessinatrice” de Noura. Signatures dans la bibliothèque avec la toute nouvelle librairie Murmure des mots de Brignais. Dehors, un grand soleil et l'ouverture de la piscine nous font de la concurrence, mais les grands yeux des enfants suivent les crayons de Claire qui donnent naissance à Noura ou d'autres personnages. Olivia, Damien, Xavier, Jade et Colline sont attentifs : « Attention, tu lui fais une chemise rayée, elle est pas rayée, sa chemise dans le livre, elle est verte. »
Ce soir, je dormirai chez Anne-Marie. Dans les murmures des grillons et des coucous, la tête pleine de l'odeur de lilas, d'aubépines et d'acacias, je mangerai les fraises apportées par Colline pendant que s'allumeront au loin, telles des lucioles, les lumières des Minguettes. Être auteur, ça a aussi des avantages…
• Le lendemain, journée de rencontres dans l'école de Chaussan. En grande section-CP, je retrouve Jade. Léo, Ophélie, Maxime, Élisa et les autres m'offrent des marque-pages qu'ils ont décorés d'une feuille de tilleul. Ils réinventent le titre de l'album et m'apprennent ce que représente un titre pour eux. Dans la classe, trois enfants dont deux filles veulent devenir pompiers, il y a aussi des policières et des gendarmes, des coiffeuses, des agriculteurs, un garagiste et un vendeur de plastique « comme papa ». Chez les CE1, Julie voit tout, analyse tout, avec une belle finesse. Guillaume me parle de sa maman qui est dans trois associations, et Fabian, que j'ai rencontré la veille à la bibliothèque, s'occupe de moi « parce qu'à voir tant de classes, après tu n'as plus qu'un petit pois dans la tête ». Merci Fabian. C'est vrai que je vois beaucoup d'enfants dans une journée, de la moyenne section, avec un beau moment de lecture, jusqu'aux CM2 de Charlotte et des autres. En fin de journée, les CE1 me font une surprise : avec leur maîtresse et Nicole de la bibliothèque, ils ont écrit et illustré des contes autour des peintures de Sacha (À l'ombre du tilleul). Les enfants font beaucoup de choses, à Chaussan. Les niveaux ne sont pas figés, les classes pas surchargées. Pas de sonnerie pour les récrés, il suffit que les maîtresses tapent dans leurs mains, et les enfants, petits et grands, sont en chaussons. On est mieux pour travailler et s'éveiller les doigts de pieds bien à l'aise dans des chaussons. Je reviendrai respirer par chez vous, promis.

• Le lendemain, journée de rencontres dans l'école de Chaussan. En grande section-CP, je retrouve Jade. Léo, Ophélie, Maxime, Élisa et les autres m'offrent des marque-pages qu'ils ont décorés d'une feuille de tilleul. Ils réinventent le titre de l'album et m'apprennent ce que représente un titre pour eux. Dans la classe, trois enfants dont deux filles veulent devenir pompiers, il y a aussi des policières et des gendarmes, des coiffeuses, des agriculteurs, un garagiste et un vendeur de plastique « comme papa ». Chez les CE1, Julie voit tout, analyse tout, avec une belle finesse. Guillaume me parle de sa maman qui est dans trois associations, et Fabian, que j'ai rencontré la veille à la bibliothèque, s'occupe de moi « parce qu'à voir tant de classes, après tu n'as plus qu'un petit pois dans la tête ». Merci Fabian. C'est vrai que je vois beaucoup d'enfants dans une journée, de la moyenne section, avec un beau moment de lecture, jusqu'aux CM2 de Charlotte et des autres. En fin de journée, les CE1 me font une surprise : avec leur maîtresse et Nicole de la bibliothèque, ils ont écrit et illustré des contes autour des peintures de Sacha (À l'ombre du tilleul). Les enfants font beaucoup de choses, à Chaussan. Les niveaux ne sont pas figés, les classes pas surchargées. Pas de sonnerie pour les récrés, il suffit que les maîtresses tapent dans leurs mains, et les enfants, petits et grands, sont en chaussons. On est mieux pour travailler et s'éveiller les doigts de pieds bien à l'aise dans des chaussons. Je reviendrai respirer par chez vous, promis.
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Fréjus et Saint-Raphaël, côte d'Azur
lundi 15 mai 2006
Le TGV se borde tout à coup d'un bleu si intense qu'on en ferme les yeux. C'est la Méditerranée. Le gris de ce printemps qui n'en finit pas d'arriver se déchire enfin. Le corps se détend, on est prêt à toutes les rencontres.
• À l'ombre du tilleul, album réalisé avec Sacha Poliakova, est nominé au prix de l'Estérel. Arrivée à la gare sans fanfare mais accueillie par Christine sous le soleil, le vrai. Le soir, on retrouve les auteurs et illustrateurs nominés : Nicolas Debon (pour Tous les soirs du monde), Colette Jacob (Des mots plein les poches), Maryvonne Rippert (Le jardin des mots doux), Stéphane Daniel (Le chevalier Têtenlère) et Thomas Baas (Je hais la comtesse).
• Le jeudi, immersion dans les écoles de Fréjus et de Saint-Raphaël : maternelles, primaires, des plus jeunes aux CM2, un festival de sourires et d'émotion. Des chants (merci Adam et toute la classe), une décoration superbe (merci aux enfants et aux enseignants de la maternelle d'Aulésy), des dessins, des balbutiements aussi, quand Jarod n'arrive pas à dire mon nom, c'est vrai qu'il n'est pas facile à prononcer, et à cinq ans on a le droit de trébucher. Et Eunice, qui dessine des arbres comme au Cap Vert, sa grand-mère aussi s'appelle Magda.
• Entre Aulésy et Turcan, les enfants s'interrogent. Alex s'inquiète de ce que c'est loin Paris alors que lui il habite tout près de son école. Des phrases accrochées au mur me font redécouvrir l'album et le très beau travail de Sacha Poliakova :
« À la fin de l'histoire, on dirait que la mamie habite dans l'arbre » (Inès), « C'est le grillon qui parle ? », « Oh ! Il y a un chat avec des chaussures ! » (Noah).
Théo, très rationnel, se demande pourquoi l'arbre est bleu, et pourquoi les chats ont une longue queue, et pourquoi…
• L'après-midi, Philippine, la bibliothécaire, nous accueille au “Plaisir de lire” pour un pique-nique sous le tilleul. Un eucalyptus a été déguisé en tilleul par les enfants, la nappe à carreaux rouges et blancs est là, et les gâteaux et… la tisane de tilleul. Dans cette classe de l'école d'Aubanel, Rémi aime aller chez sa grand-mère parce qu'elle lui prépare des betteraves. Il y a aussi Mohamed, Ali, Yassar, Mehr, Souad, Youssef, Sébastien, Imane, Marine et les autres… Quelle richesse ! Un beau pique-nique.
• Puis les CP entrent en scène. Mohamed veut savoir pourquoi Samuel fait pipi sur les grillons, Aya bavarde, Réda pose des tas de questions, Alaedina écoute. Mais vite, vite : c'est le tour de la maternelle de Mme Duclos. Les enfants m'offrent un herbier, un vrai, plein de senteurs du midi, un pur bonheur. J'ai aussi droit à un dessin, et à un moulin ! Je lis deux albums, les yeux des enfants s'agrandissent. Un bien bel après-midi au royaume des livres de Philippine.
• Le lendemain, le tourbillon continue. Les enfants sont tous curieux et intéressés. Les questions se répètent, j'éprouve un certain vertige. Mais quand une enfant vient me faire signer son cahier et me dit qu'elle vit chez sa grand-mère et qu'elle ne voit pas ses parents, ni ses frères et sœurs, restés au Maroc, tout s'arrête. « Pourquoi tu ne peux pas aller les voir au Maroc ? » « Je n'ai pas de papiers. » Pas de papiers. Tout est dit. Il y a aussi l'histoire de Badis… La honte me prend : qu'offre-t-on à ces enfants ? Quelle image peuvent-ils avoir d'adultes qui les privent ainsi du droit élémentaire de vivre avec ceux qu'ils aiment ? Tout s'enchaîne. Julie, enfin, ose me poser une question à l'oreille. Mohamed et Ali, des grands de CM2 sont bien là, Jean n'aime pas les arbres, il préfère l'océan, Erwan a dit au revoir à sa grand-mère, Bastien accumule les questions… et cette enfant originaire de Côte d'Ivoire à qui sa mère raconte les histoires que sa mère à elle lui a apprises et qu'elle dira à son tour à ses enfants…
• L'après-midi, retour en maternelle. Élora finit par me dire qu'elle voit l'histoire “jaune”, Valentine, Manon, Léna… Un goûter à la récré avec un gâteau spécial “À l'ombre du tilleul” confectionné par les enfants. Des ateliers dans toute l'école, des chants à plusieurs voix… Arnaud, farceur, et Théo, qui décide de la marche à suivre. Mais le tourbillon est trop dense, les visages des enfants se superposent et s'effacent.
• Le soir, remise des prix : “Tous les soirs du monde” et ses beaux défilés d'animaux gagne le prix lavande, “Le chevalier têtenlère”, le prix romarin. Bravo à Nicolas Debon et Stéphane Daniel ! Puis des signatures, au milieu des dessins et de tous les travaux réalisés par les enfants.
• Lendemain matin, samedi, un peu sur les rotules, mon accompagnateur n'est pas au rendez-vous. Le soleil, lui, est toujours là. Rapide, efficace, toujours présent, Joël arrive et me mène à bon port. Un petit couac de rien de tout dans une organisation complexe (je ne me souviens plus combien d'écoles participent à ce prix, mais il y en a beaucoup, beaucoup !). Une matinée avec des CE2 dans la bibliothèque de l'école du Petit-Défends. J'ai juste le temps d'aller jusqu'à la plage toucher l'eau du doigt avant de repartir, la tête pleine de visages d'enfants et le regret de ne pas avoir eu plus de temps avec chacun.



« À la fin de l'histoire, on dirait que la mamie habite dans l'arbre » (Inès), « C'est le grillon qui parle ? », « Oh ! Il y a un chat avec des chaussures ! » (Noah).
Théo, très rationnel, se demande pourquoi l'arbre est bleu, et pourquoi les chats ont une longue queue, et pourquoi…
• L'après-midi, Philippine, la bibliothécaire, nous accueille au “Plaisir de lire” pour un pique-nique sous le tilleul. Un eucalyptus a été déguisé en tilleul par les enfants, la nappe à carreaux rouges et blancs est là, et les gâteaux et… la tisane de tilleul. Dans cette classe de l'école d'Aubanel, Rémi aime aller chez sa grand-mère parce qu'elle lui prépare des betteraves. Il y a aussi Mohamed, Ali, Yassar, Mehr, Souad, Youssef, Sébastien, Imane, Marine et les autres… Quelle richesse ! Un beau pique-nique.

• Le lendemain, le tourbillon continue. Les enfants sont tous curieux et intéressés. Les questions se répètent, j'éprouve un certain vertige. Mais quand une enfant vient me faire signer son cahier et me dit qu'elle vit chez sa grand-mère et qu'elle ne voit pas ses parents, ni ses frères et sœurs, restés au Maroc, tout s'arrête. « Pourquoi tu ne peux pas aller les voir au Maroc ? » « Je n'ai pas de papiers. » Pas de papiers. Tout est dit. Il y a aussi l'histoire de Badis… La honte me prend : qu'offre-t-on à ces enfants ? Quelle image peuvent-ils avoir d'adultes qui les privent ainsi du droit élémentaire de vivre avec ceux qu'ils aiment ? Tout s'enchaîne. Julie, enfin, ose me poser une question à l'oreille. Mohamed et Ali, des grands de CM2 sont bien là, Jean n'aime pas les arbres, il préfère l'océan, Erwan a dit au revoir à sa grand-mère, Bastien accumule les questions… et cette enfant originaire de Côte d'Ivoire à qui sa mère raconte les histoires que sa mère à elle lui a apprises et qu'elle dira à son tour à ses enfants…
• L'après-midi, retour en maternelle. Élora finit par me dire qu'elle voit l'histoire “jaune”, Valentine, Manon, Léna… Un goûter à la récré avec un gâteau spécial “À l'ombre du tilleul” confectionné par les enfants. Des ateliers dans toute l'école, des chants à plusieurs voix… Arnaud, farceur, et Théo, qui décide de la marche à suivre. Mais le tourbillon est trop dense, les visages des enfants se superposent et s'effacent.

• Lendemain matin, samedi, un peu sur les rotules, mon accompagnateur n'est pas au rendez-vous. Le soleil, lui, est toujours là. Rapide, efficace, toujours présent, Joël arrive et me mène à bon port. Un petit couac de rien de tout dans une organisation complexe (je ne me souviens plus combien d'écoles participent à ce prix, mais il y en a beaucoup, beaucoup !). Une matinée avec des CE2 dans la bibliothèque de l'école du Petit-Défends. J'ai juste le temps d'aller jusqu'à la plage toucher l'eau du doigt avant de repartir, la tête pleine de visages d'enfants et le regret de ne pas avoir eu plus de temps avec chacun.
